15/10/2021

Etude Sophia 2021 : Les villes suisses au cœur du changement

Les résultats de l’étude Sophia 2021, qui portait sur la thématique « Les villes au cœur du changement », ont été dévoilés jeudi 14 octobre à l’occasion du Forum des 100. Initiée et réalisée par M.I.S Trend, l’enquête révèle notamment que 75% de la population souhaite plus de nature en ville.

Gouvernance, logements, aménagement du territoire, défi climatique, mobilité, digitalisation, tourisme… En 2021, l’étude Sophia s’est penchée sur les différentes problématiques que les villes et leur développement font émerger en Suisse. Pour cerner les divers courants de pensée autour de cette thématique dans notre pays, M.I.S Trend a interrogé 303 leaders d’opinion (chef·fe·s d’entreprise, représentant·e·s politiques, etc.), ainsi que 1280 personnes représentatives de la société suisse.

Des leaders plus optimistes que la population

Premier constat : les leaders se montrent globalement plus optimistes que la population vis-à-vis du futur développement des milieux urbains. Face au défi climatique par exemple, ils·elles sont 69% à penser que les villes seront plutôt une solution qu’un problème à l’avenir, contre 46% de la population. Ils·elles estiment également, à 58%, que la concentration de la population en milieu urbain représente une chance pour la planète. Du côté des 1280 personnes représentatives, on imagine au contraire que cette concentration est un danger (45%), voire un grand danger (13%).
 

D’ici 10 à 15 ans, 46% des leaders pensent également que les villes suisses seront plus agréables à vivre, contre seulement 26% du grand public (42% indique même qu’elles le seront moins).

Moins de circulation et de bruit, plus de logements accessibles et de nature

L’enquête permet également d’établir quelles nuisances sont perçues comme les plus problématiques en ville. Trois éléments apparaissent clairement dans le peloton de tête (mentionnés par environ 50% à 60% des deux groupes). Le grand gagnant ? Le bruit, suivi de près par la circulation (les embouteillages) et les prix des logements. Si les 2 premiers éléments sont plus souvent cités par les leaders que par la population, pour le 3e, c’est l’inverse : les prix des logements inquiète 60% de la population, contre 51% des leaders. A noter qu’il existe ici un important clivage politique, et que les leaders de gauche se montrent plus concernés par ce problème (62%) que leurs homologues du centre et de la droite (42%).

En outre, l’étude démontre que la nature est très demandée en ville : deux tiers des leaders et trois quarts du grand public estiment que les espaces verts et la végétalisation devraient y être développés.
 

Si leaders et population obtenaient le pouvoir de changer les villes, leurs priorités seraient le respect de l’environnement (57% et 59%) et l’accessibilité aux logements (49% et 55%). La ville de leurs rêves comprend de grands espaces verts (essentiels pour 63% des leaders et 67% de la population), ainsi que beaucoup de verdure (essentielle pour 57% des leaders et 71% de la population).

Le défi climatique à la loupe

Si le respect de l’environnement est au cœur de toutes les préoccupations, les plans climatiques – parfois très ambitieux – établis par certaines villes suisses ne remportent pas l’adhésion. Ils sont considérés comme des opérations électoralistes et peu réalistes par 33% des leaders et 31% de la population. En outre, 30% du premier groupe et 45% du grand public estiment que leurs objectifs sont sincères mais irréalisables. Autre aspect intéressant concernant ces plans climatiques : les deux groupes ont tendance à penser qu’ils contribueront plutôt à augmenter les inégalités sociales (à 40% pour les leaders, 45% pour la population) qu’à les amoindrir.
 

Pour répondre au défi climatique, trois idées se démarquent assez clairement, tant chez les leaders que le grand public, avec 65% à 78% d’avis positifs. La première concerne la construction de villages verticaux, rehaussant les bâtiments existants pour créer de nouveaux logements. Cette idée remporte l’adhésion enthousiaste de 27% des leaders et 25% de la population, et l’adhésion mesurée de 49% du premier groupe et de 43% du deuxième. Il est également intéressant de noter que leaders et grand public sont majoritairement favorables à la construction de grandes tours en milieu urbain (à 77% et 54% respectivement). La seconde idée remportant le plus d’avis positifs est celle de l’obligation d’installer des dispositifs végétalisés et de production d’énergies renouvelables dans tout nouveau bâtiment (36% des leaders et 32% de la population y sont tout à fait favorables). Enfin, l’idée de subventionner la conception, la construction et la gestion d’immeubles verts séduit également : 28% des leaders et 33% du grand public y sont tout à fait favorables, et 39% du premier groupe et 45% du deuxième y sont assez favorables.

L’enquête s’est aussi intéressée au type de territoire qui serait le plus apte à s’adapter aux défis du changement climatique. Les leaders pensent très clairement que ce sont les villes moyennes (citée en premier par 46% des répondant·e·s et en deuxième par 27%), alors que le grand public est partagé entre moyennes et petites villes et campagnes. Pour les deux groupes, les grandes villes arrivent en dernier.

Un fossé villes-campagnes ?

Le fossé villes-campagnes est régulièrement évoqué depuis quelques années, notamment à la suite des différentes votations fédérales. Il est intéressant de noter que seuls 6% des leaders et 5% du grand public estiment qu’il n’existe pas ; cette thématique semble donc faire écho à la réalité. Pour 49% des leaders et 44% de la population, ce fossé va se creuser dans les 10-15 prochaines années, alors que seul 5% du premier groupe et 11% du second pensent qu’il va diminuer.

Mobilité en ville : un problème épineux

En ce qui concerne la mobilité en milieu urbain, l’étude montre que très peu de solutions envisagées remportent l’adhésion de toutes et tous. Seules deux semblent rassembler leaders et population : généraliser la piétonisation des centres-villes et encourager les systèmes d’auto-partage. Ces solutions sont appréciées par environ 7 répondant·e·s sur 10, dont une moitié d’enthousiastes. D’autres propositions, comme l’augmentation des taxes de parcage, la généralisation des zones 30km/h, l’interdiction des voitures à essence ou diesel d’ici 2030 ou la diminution des places de stationnement rassemblent toutes plus d’opposant·e·s que de soutiens, et ceci dans les deux groupes. Exception intéressante, la gratuité des transports publics, appréciée par près de 70% du grand public (contre 42% des leaders).
 

Nouvelles technologies : une belle opportunité pour les villes suisses 

Leaders et population se disent plutôt confiant·e·s du fait que les technologies de l’information et de la communication participeront à l’amélioration de la qualité de vie dans les villes (77% pour le premier groupe et 62% pour le deuxième).
 

Un mot sur la méthodologie utilisée pour cette enquête

L’étude s’est intéressée, comme chaque année, à deux cibles distinctes. D’une part le grand public, à raison de 542 Romand·e·s, 526 Alémaniques et 212 Tessinois·es représentatif·ve·s de la population âgée de 18 ans et plus. Cette disproportionnalité permet de minimiser la marge d’erreur sur chaque région (± 4,2% pour la Romandie, ± 4,3% pour la Suisse alémanique et ± 6,7% pour le Tessin). Une pondération mathématique permet de retrouver ensuite le poids démographique réel des trois régions dans les résultats totaux (marge d’erreur ± 2,7%). Ces 1280 personnes ont été interrogées au moyen d’un questionnaire auto-administré par Internet du 11 au 24 août 2021. 
Sophia consulte en outre 300 leaders d’opinion qui développent leur activité́ en Suisse. Ils·elles sont sélectionné·e·s en raison de leur réflexion sur le présent et l’avenir de la Suisse, des messages qu’ils·elles diffusent et de la place qu’ils·elles prennent dans la vie publique suisse. Par souci de représentativité, ils·elles appartiennent au monde de l’économie, de l’administration, de la science et de l’éducation, de la culture et de la politique. Ils·elles sont Latin·e·s ou Alémaniques, un tiers a un rayon d’action international et exerce un mandat politique au niveau communal, cantonal ou fédéral. Ils·elles ont été consulté·e·s de juin à août 2021 à l’aide d’un questionnaire auto-administré en ligne ou sur papier. La marge d’erreur maximale sur cet échantillon est de ± 5,7%. 
 

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